Textes & Poèmes

pour une cérémonie

Parfois, les mots des autres nous aident à exprimer

ce que nous n’arrivons pas encore à dire

Nous avons réuni ici une sélection de textes et de poèmes

pour vous accompagner dans la préparation de la cérémonie

Des mots à partager

Trouver les mots qui vous ressemblent

60 textes et poèmes pour évoquer un souvenir, un lien, une façon de regarder la vie… Parcourez les thèmes et ouvrez un texte pour prendre le temps de le lire.

Souvenir · Absence

Demain, dès l’aube…

Victor Hugo

Le chemin d’un père vers la tombe de sa fille. Un poème sobre sur la fidélité du souvenir.

Environ 1 min

Lire le texte

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Victor Hugo « Demain, dès l’aube… » Les Contemplations, Nelson, 1911 (p. 253). Lire l’édition source sur Wikisource

Souvenir · Famille

Elle avait pris ce pli…

Victor Hugo

Victor Hugo retrouve les gestes et la présence de sa fille enfant, dans l’intimité de son bureau.

Environ 2 min

Lire le texte

Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin
De venir dans ma chambre un peu chaque matin ;
Je l’attendais ainsi qu’un rayon qu’on espère ;
Elle entrait et disait : Bonjour, mon petit père ;
Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s’asseyait
Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,
Puis soudain s’en allait comme un oiseau qui passe.
Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse,
Mon œuvre interrompue, et, tout en écrivant,
Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent
Quelque arabesque folle et qu’elle avait tracée,
Et mainte page blanche entre ses mains froissée
Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers.
Elle aimait Dieu, les fleurs, les astres, les prés verts,
Et c’était un esprit avant d’être une femme.
Son regard reflétait la clarté de son âme.
Elle me consultait sur tout à tous moments.
Oh ! que de soirs d’hiver radieux et charmants
Passés à raisonner langue, histoire et grammaire,
Mes quatre enfants groupés sur mes genoux, leur mère
Tout près, quelques amis causant au coin du feu !
J’appelais cette vie être content de peu !
Et dire qu’elle est morte ! Hélas ! que Dieu m’assiste !
Je n’étais jamais gai quand je la sentais triste ;
J’étais morne au milieu du bal le plus joyeux
Si j’avais, en partant, vu quelque ombre en ses yeux.

Victor Hugo « Elle avait pris ce pli… » Les Contemplations, Nelson, 1911 (p. 239). Lire l’édition source sur Wikisource

Souvenir · Famille

Les habitudes restent

Création Guillet

Les petits gestes du quotidien, lorsque la présence devient souvenir.

Environ 1 min

Lire le texte

Il nous arrivera encore de préparer une tasse de trop, de tendre la main vers le téléphone, de commencer une phrase en pensant que tu vas répondre.

Nous connaissions si bien ta place dans nos journées que nos gestes mettront du temps à apprendre ton absence.

Il y aura aussi ces moments où, sans y penser, nous ferons comme toi : plier un linge, ouvrir une fenêtre, accueillir quelqu’un. Alors nous nous arrêterons peut-être, surpris de te retrouver là.

Nous raconterons d’où vient cette habitude. Et quelqu’un, à son tour, apprendra à te connaître.

Création Guillet · Un texte proposé pour accompagner la cérémonie.

Souvenir · Famille

Quand nous habitions tous ensemble

Victor Hugo

Une maison, des promenades et des jeux : le souvenir sensible des jours passés en famille.

Environ 3 min

Lire le texte

Quand nous habitions tous ensemble
Sur nos collines d’autrefois,
Où l’eau court, où le buisson tremble,
Dans la maison qui touche aux bois,

Elle avait dix ans, et moi trente ;
J’étais pour elle l’univers.
Oh ! comme l’herbe est odorante
Sous les arbres profonds et verts !

Elle faisait mon sort prospère,
Mon travail léger, mon ciel bleu.
Lorsqu’elle me disait : Mon père,
Tout mon cœur s’écriait : Mon Dieu !

À travers mes songes sans nombre,
J’écoutais son parler joyeux,
Et mon front s’éclairait dans l’ombre
À la lumière de ses yeux.

Elle avait l’air d’une princesse
Quand je la tenais par la main.
Elle cherchait des fleurs sans cesse
Et des pauvres dans le chemin.

Elle donnait comme on dérobe,
En se cachant aux yeux de tous.
Oh ! la belle petite robe
Qu’elle avait, vous rappelez-vous ?

Le soir, auprès de ma bougie,
Elle jasait à petit bruit,
Tandis qu’à la vitre rougie
Heurtaient les papillons de nuit.

Les anges se miraient en elle.
Que son bonjour était charmant !
Le ciel mettait dans sa prunelle
Ce regard qui jamais ne ment.

Oh ! je l’avais, si jeune encore,
Vue apparaître en mon destin !
C’était l’enfant de mon aurore,
Et mon étoile du matin !

Quand la lune claire et sereine
Brillait aux cieux, dans ces beaux mois,
Comme nous allions dans la plaine !
Comme nous courions dans les bois !

Puis, vers la lumière isolée
Étoilant le logis obscur,
Nous revenions par la vallée
En tournant le coin du vieux mur ;

Nous revenions, cœurs pleins de flamme,
En parlant des splendeurs du ciel.
Je composais cette jeune âme
Comme l’abeille fait son miel.

Doux ange aux candides pensées,
Elle était gaie en arrivant… —
Toutes ces choses sont passées
Comme l’ombre et comme le vent !

Victor Hugo « Quand nous habitions tous ensemble » Les Contemplations, Nelson, 1911 (p. 240-241). Lire l’édition source sur Wikisource

Souvenir · Famille

Ô souvenirs ! printemps ! aurore !

Victor Hugo

Une évocation lumineuse de l’enfance et des soirées familiales, traversée par le manque.

Environ 3 min

Lire le texte

Ô souvenirs ! printemps ! aurore !
Doux rayon triste et réchauffant !
— Lorsqu’elle était petite encore,
Que sa sœur était tout enfant… —

Connaissez-vous sur la colline
Qui joint Montlignon à Saint-Leu,
Une terrasse qui s’incline
Entre un bois sombre et le ciel bleu ?

C’est là que nous vivions. — Pénètre,
Mon cœur, dans ce passé charmant ! —
Je l’entendais sous ma fenêtre
Jouer le matin doucement.

Elle courait dans la rosée,
Sans bruit, de peur de m’éveiller ;
Moi, je n’ouvrais pas ma croisée,
De peur de la faire envoler.

Ses frères riaient… — Aube pure !
Tout chantait sous ces frais berceaux,
Ma famille avec la nature,
Mes enfants avec les oiseaux !

Je toussais, on devenait brave.
Elle montait à petits pas,
Et me disait d’un air très grave :
J’ai laissé les enfants en bas.

Qu’elle fût bien ou mal coiffée,
Que mon cœur fût triste ou joyeux,
Je l’admirais. C’était ma fée,
Et le doux astre de mes yeux !

Nous jouions toute la journée.
Ô jeux charmants ! chers entretiens !
Le soir, comme elle était l’aînée,
Elle me disait : — Père, viens !

Nous allons t’apporter ta chaise,
Conte-nous une histoire, dis ! —
Et je voyais rayonner d’aise
Tous ces regards du paradis.

Alors, prodiguant les carnages,
J’inventais un conte profond
Dont je trouvais les personnages
Parmi les ombres du plafond.

Toujours, ces quatre douces têtes
Riaient, comme à cet âge on rit,
De voir d’affreux géants très bêtes
Vaincus par des nains pleins d’esprit.

J’étais l’Arioste et l’Homère
D’un poëme éclos d’un seul jet ;
Pendant que je parlais, leur mère
Les regardait rire, et songeait.

Leur aïeul, qui lisait dans l’ombre,
Sur eux parfois levait les yeux,
Et moi, par la fenêtre sombre
J’entrevoyais un coin des cieux !

Victor Hugo « Ô souvenirs ! printemps ! aurore ! » Les Contemplations, Nelson, 1911 (p. 245-246). Lire l’édition source sur Wikisource

Famille · Absence

Une place à table

Création Guillet

Pour évoquer les repas partagés et la place d’un proche dans la famille.

Environ 1 min

Lire le texte

La prochaine fois que nous nous retrouverons autour de la table, nous chercherons ta place du regard.

Il manquera ta voix au milieu des autres, ta manière de servir, de raconter, d’écouter. Quelqu’un rappellera une histoire que nous connaissons déjà. Nous la laisserons revenir. Elle nous fera peut-être sourire avant de nous serrer le cœur.

Aujourd’hui, nous nous rassemblons pour toi. Plus tard, nous apprendrons à nous rassembler avec ton souvenir.

Nous ne saurons pas toujours quoi dire. Mais nous pourrons rester un peu plus longtemps à table, les uns près des autres.

Création Guillet · Un texte proposé pour accompagner la cérémonie.

Absence · Famille

À Villequier

Victor Hugo

Une longue méditation de deuil adressée à Dieu après la mort de Léopoldine. Lecture intense, à choisir avec soin.

Environ 11 min

Lire le texte

Maintenant que Paris, ses pavés et ses marbres,
Et sa brume et ses toits sont bien loin de mes yeux ;
Maintenant que je suis sous les branches des arbres,
Et que je puis songer à la beauté des cieux ;

Maintenant que du deuil qui m’a fait l’âme obscure
Je sors, pâle et vainqueur,
Et que je sens la paix de la grande nature
Qui m’entre dans le cœur ;

Maintenant que je puis, assis au bord des ondes,
Ému par ce superbe et tranquille horizon,
Examiner en moi les vérités profondes
Et regarder les fleurs qui sont dans le gazon ;

Maintenant, ô mon Dieu ! que j’ai ce calme sombre
De pouvoir désormais
Voir de mes yeux la pierre où je sais que dans l’ombre
Elle dort pour jamais ;

Maintenant qu’attendri par ces divins spectacles,
Plaines, forêts, rochers, vallons, fleuve argenté,
Voyant ma petitesse et voyant vos miracles,
Je reprends ma raison devant l’immensité ;

Je viens à vous, Seigneur, père auquel il faut croire ;
Je vous porte, apaisé,
Les morceaux de ce cœur tout plein de votre gloire
Que vous avez brisé ;

Je viens à vous, Seigneur ! confessant que vous êtes
Bon, clément, indulgent et doux, ô Dieu vivant !
Je conviens que vous seul savez ce que vous faites,
Et que l’homme n’est rien qu’un jonc qui tremble au vent ;

Je dis que le tombeau qui sur les morts se ferme
Ouvre le firmament ;
Et que ce qu’ici-bas nous prenons pour le terme
Est le commencement ;

Je conviens à genoux que vous seul, père auguste,
Possédez l’infini, le réel, l’absolu ;
Je conviens qu’il est bon, je conviens qu’il est juste
Que mon cœur ait saigné, puisque Dieu l’a voulu !

Je ne résiste plus à tout ce qui m’arrive
Par votre volonté.
L’âme de deuils en deuils, l’homme de rive en rive,
Roule à l’éternité.

Nous ne voyons jamais qu’un seul côté des choses ;
L’autre plonge en la nuit d’un mystère effrayant.
L’homme subit le joug sans connaître les causes.
Tout ce qu’il voit est court, inutile et fuyant.

Vous faites revenir toujours la solitude
Autour de tous ses pas.
Vous n’avez pas voulu qu’il eût la certitude
Ni la joie ici-bas !

Dès qu’il possède un bien, le sort le lui retire.
Rien ne lui fut donné, dans ses rapides jours,
Pour qu’il s’en puisse faire une demeure, et dire :
C’est ici ma maison, mon champ et mes amours !

Il doit voir peu de temps tout ce que ses yeux voient ;
Il vieillit sans soutiens.
Puisque ces choses sont, c’est qu’il faut qu’elles soient ;
J’en conviens, j’en conviens !

Le monde est sombre, ô Dieu ! l’immuable harmonie
Se compose des pleurs aussi bien que des chants ;
L’homme n’est qu’un atome en cette ombre infinie,
Nuit où montent les bons, où tombent les méchants.

Je sais que vous avez bien autre chose à faire
Que de nous plaindre tous,
Et qu’un enfant qui meurt, désespoir de sa mère,
Ne vous fait rien, à vous !

Je sais que le fruit tombe au vent qui le secoue,
Que l’oiseau perd sa plume et la fleur son parfum ;
Que la création est une grande roue
Qui ne peut se mouvoir sans écraser quelqu’un ;

Les mois, les jours, les flots des mers, les yeux qui pleurent,
Passent sous le ciel bleu ;
Il faut que l’herbe pousse et que les enfants meurent ;
Je le sais, ô mon Dieu !

Dans vos cieux, au delà de la sphère des nues,
Au fond de cet azur immobile et dormant,
Peut-être faites-vous des choses inconnues
Où la douleur de l’homme entre comme élément.

Peut-être est-il utile à vos desseins sans nombre
Que des êtres charmants
S’en aillent, emportés par le tourbillon sombre
Des noirs événements.

Nos destins ténébreux vont sous des lois immenses
Que rien ne déconcerte et que rien n’attendrit.
Vous ne pouvez avoir de subites clémences
Qui dérangent le monde, ô Dieu, tranquille esprit !

Je vous supplie, ô Dieu ! de regarder mon âme,
Et de considérer
Qu’humble comme un enfant et doux comme une femme,
Je viens vous adorer !

Considérez encor que j’avais, dès l’aurore,
Travaillé, combattu, pensé, marché, lutté,
Expliquant la nature à l’homme qui l’ignore,
Éclairant toute chose avec votre clarté ;

Que j’avais, affrontant la haine et la colère,
Fait ma tâche ici-bas,
Que je ne pouvais pas m’attendre à ce salaire,
Que je ne pouvais pas

Prévoir que, vous aussi, sur ma tête qui ploie
Vous appesantiriez votre bras triomphant,
Et que, vous qui voyiez comme j’ai peu de joie,
Vous me reprendriez si vite mon enfant !

Qu’une âme ainsi frappée à se plaindre est sujette,
Que j’ai pu blasphémer,
Et vous jeter mes cris comme un enfant qui jette
Une pierre à la mer !

Considérez qu’on doute, ô mon Dieu ! quand on souffre,
Que l’œil qui pleure trop finit par s’aveugler,
Qu’un être que son deuil plonge au plus noir du gouffre,
Quand il ne vous voit plus, ne peut vous contempler,

Et qu’il ne se peut pas que l’homme, lorsqu’il sombre
Dans les afflictions,
Ait présente à l’esprit la sérénité sombre
Des constellations !

Aujourd’hui, moi qui fus faible comme une mère,
Je me courbe à vos pieds devant vos cieux ouverts.
Je me sens éclairé dans ma douleur amère
Par un meilleur regard jeté sur l’univers.

Seigneur, je reconnais que l’homme est en délire
S’il ose murmurer ;
Je cesse d’accuser, je cesse de maudire,
Mais laissez-moi pleurer !

Hélas ! laissez les pleurs couler de ma paupière,
Puisque vous avez fait les hommes pour cela !
Laissez-moi me pencher sur cette froide pierre
Et dire à mon enfant : Sens-tu que je suis là ?

Laissez-moi lui parler, incliné sur ses restes,
Le soir, quand tout se tait,
Comme si, dans sa nuit rouvrant ses yeux célestes,
Cet ange m’écoutait !

Hélas ! vers le passé tournant un œil d’envie,
Sans que rien ici-bas puisse m’en consoler,
Je regarde toujours ce moment de ma vie
Où je l’ai vue ouvrir son aile et s’envoler !

Je verrai cet instant jusqu’à ce que je meure,
L’instant, pleurs superflus !
Où je criai : L’enfant que j’avais tout à l’heure,
Quoi donc ! je ne l’ai plus !

Ne vous irritez pas que je sois de la sorte,
Ô mon Dieu ! cette plaie a si longtemps saigné !
L’angoisse dans mon âme est toujours la plus forte,
Et mon cœur est soumis, mais n’est pas résigné.

Ne vous irritez pas ! fronts que le deuil réclame,
Mortels sujets aux pleurs,
Il nous est malaisé de retirer notre âme
De ces grandes douleurs.

Voyez-vous, nos enfants nous sont bien nécessaires,
Seigneur ; quand on a vu dans sa vie, un matin,
Au milieu des ennuis, des peines, des misères,
Et de l’ombre que fait sur nous notre destin,

Apparaître un enfant, tête chère et sacrée,
Petit être joyeux,
Si beau, qu’on a cru voir s’ouvrir à son entrée
Une porte des cieux ;

Quand on a vu, seize ans, de cet autre soi-même
Croître la grâce aimable et la douce raison,
Lorsqu’on a reconnu que cet enfant qu’on aime
Fait le jour dans notre âme et dans notre maison,

Que c’est la seule joie ici-bas qui persiste
De tout ce qu’on rêva,
Considérez que c’est une chose bien triste
De le voir qui s’en va !

Victor Hugo À Villequier Les Contemplations, Nelson, 1911 (p. 254-259). Lire l’édition source sur Wikisource

Amour · Vie

Aimons toujours ! aimons encore !

Victor Hugo

Un appel ample à aimer tant qu’il en est temps, entre tendresse, regret et espérance.

Environ 4 min

Lire le texte

Aimons toujours ! aimons encore !
Quand l’amour s’en va, l’espoir fuit.
L’amour, c’est le cri de l’aurore,
L’amour, c’est l’hymne de la nuit.

Ce que le flot dit aux rivages,
Ce que le vent dit aux vieux monts,
Ce que l’astre dit aux nuages,
C’est le mot ineffable : Aimons !

L’amour fait songer, vivre et croire.
Il a, pour réchauffer le cœur,
Un rayon de plus que la gloire,
Et ce rayon, c’est le bonheur !

Aime ! qu’on les loue ou les blâme,
Toujours les grands cœurs aimeront.
Joins cette jeunesse de l’âme
À la jeunesse de ton front !

Aime, afin de charmer tes heures !
Afin qu’on voie en tes beaux yeux
Des voluptés intérieures
Le sourire mystérieux !

Aimons-nous toujours davantage !
Unissons-nous mieux chaque jour.
Les arbres croissent en feuillage ;
Que notre âme croisse en amour !

Soyons le miroir et l’image !
Soyons la fleur et le parfum !
Les amants, qui, seuls sous l’ombrage,
Se sentent deux et ne sont qu’un !

Les poëtes cherchent les belles.
La femme, ange aux chastes faveurs,
Aime à rafraîchir sous ses ailes
Ces grands fronts brûlants et rêveurs.

Venez à nous, beautés touchantes !
Viens à moi, toi, mon bien, ma loi !
Ange ! viens à moi quand tu chantes,
Et, quand tu pleures, viens à moi !

Nous seuls comprenons vos extases.
Car notre esprit n’est point moqueur ;
Car les poëtes sont les vases
Où les femmes versent leur cœur.

Moi qui ne cherche dans ce monde
Que la seule réalité,
Moi qui laisse fuir comme l’onde
Tout ce qui n’est que vanité,

Je préfère aux biens dont s’enivre
L’orgueil du soldat ou du roi,
L’ombre que tu fais sur mon livre
Quand ton front se penche sur moi.

Toute ambition allumée
Dans notre esprit, brasier subtil,
Tombe en cendre ou vole en fumée,
Et l’on se dit : Qu’en reste-t-il ?

Tout plaisir, fleur à peine éclose
Dans notre avril sombre et terni,
S’effeuille et meurt, lys, myrte ou rose,
Et l’on se dit : C’est donc fini !

L’amour seul reste. Ô noble femme,
Si tu veux, dans ce vil séjour,
Garder ta foi, garder ton âme,
Garder ton Dieu, garde l’amour !

Conserve en ton cœur, sans rien craindre,
Dusses-tu pleurer et souffrir,
La flamme qui ne peut s’éteindre
Et la fleur qui ne peut mourir !

Victor Hugo « Aimons toujours ! aimons encore » Les Contemplations, Nelson, 1911 (p. 113-115). Lire l’édition source sur Wikisource

Souvenir · Famille

La recette que l’on garde

Création Guillet

La transmission à travers une recette et un repas préparé ensemble.

Environ 1 min

Lire le texte

Sur la feuille, il manque une quantité, un temps de cuisson, ce petit détail que tu connaissais par cœur.

Tu disais : « Tu verras bien. » Et tu voyais, toi, à la couleur, au parfum, au bruit dans la casserole.

Nous essaierons. Ce ne sera pas tout à fait pareil. Il faudra recommencer, comparer nos souvenirs, rire d’un premier essai. Nous expliquerons aux plus jeunes que cette recette vient de toi.

Le plat passera de main en main. Avec lui, nous transmettrons un peu de ces heures à tes côtés, quand apprendre voulait simplement dire rester ensemble dans la cuisine.

Création Guillet · Un texte proposé pour accompagner la cérémonie.

Vie · Nature

La source tombait du rocher

Victor Hugo

La réponse d’une petite source à l’océan : une fable sur la valeur des gestes modestes.

Environ 1 min

Lire le texte

La source tombait du rocher
Goutte à goutte à la mer affreuse.
L’Océan, fatal au nocher,
Lui dit : — Que me veux-tu, pleureuse ?

Je suis la tempête et l’effroi ;
Je finis où le ciel commence.
Est-ce que j’ai besoin de toi,
Petite, moi qui suis l’immense ? —

La source dit au gouffre amer :
— Je te donne, sans bruit ni gloire,
Ce qui te manque, ô vaste mer !
Une goutte d’eau qu’on peut boire. »

Victor Hugo « La source tombait du rocher » Les Contemplations, Nelson, 1911 (p. 286). Lire l’édition source sur Wikisource

Famille · Amour

Mes deux filles

Victor Hugo

Un tableau délicat de deux sœurs dans un jardin, pour évoquer la tendresse et l’enfance.

Environ 1 min

Lire le texte

Dans le frais clair-obscur du soir charmant qui tombe,
L’une pareille au cygne et l’autre à la colombe,
Belles, et toutes deux joyeuses, ô douceur !
Voyez, la grande sœur et la petite sœur
Sont assises au seuil du jardin, et sur elles
Un bouquet d’œillets blancs aux longues tiges frêles,
Dans une urne de marbre agité par le vent,
Se penche, et les regarde, immobile et vivant,
Et frissonne dans l’ombre, et semble, au bord du vase,
Un vol de papillons arrêté dans l’extase.

Victor Hugo Mes deux filles Les Contemplations, Nelson, 1911 (p. 22). Lire l’édition source sur Wikisource

Vie · Souvenir

Tes mains

Création Guillet

Pour une personne qui aimait fabriquer, réparer, créer ou prendre soin.

Environ 1 min

Lire le texte

Nous nous souvenons de tes mains occupées. Elles cherchaient l’outil juste, reprenaient un ouvrage, réparaient ce que d’autres auraient jeté.

Il fallait parfois attendre. Tu regardais, tu essayais, tu recommençais. Nous avons appris auprès de toi que le soin demande du temps.

Il reste des choses auxquelles tu as travaillé. En les touchant, nous retrouverons une journée, une conversation, ta façon de te concentrer.

Et lorsque nous hésiterons devant quelque chose à faire, nous nous souviendrons de ta patience. Nous prendrons le temps d’essayer à notre tour.

Création Guillet · Un texte proposé pour accompagner la cérémonie.

Amour · Souvenir

Le Lac

Alphonse de Lamartine

Un grand poème sur le temps qui passe et les lieux qui gardent la mémoire d’un amour.

Environ 5 min

Lire le texte

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emporté sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
Jeter l’ancre un seul jour ?

Ô lac ! l’année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu’elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s’asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes ;
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés ;
Ainsi le vent jetait l’écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t’en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n’entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos :
Le flot plus attentif, et la voix qui m’est chère
Laissa tomber ces mots :

« Ô temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices,
» Suspendez votre cours !
» Laissez-nous savourer les rapides délices
» Des plus beaux de nos jours !

» Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
» Coulez, coulez pour eux ;
» Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
» Oubliez les heureux.

» Mais je demande en vain quelques moments encore,
» Le temps m’échappe et fuit ;
» Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l’aurore
» Va dissiper la nuit.

» Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive,
» Hâtons-nous, jouissons !
» L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;
» Il coule, et nous passons ! »

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d’ivresse,
Où l’amour à longs flots nous verse le bonheur,
S’envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Hé quoi ! n’en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ? quoi ! tout entiers perdus ?
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus ?

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?

Ô lacs ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !

Qu’il soit dans ton repos, qu’il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l’aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux !

Qu’il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l’astre au front d’argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés !

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu’on entend, l’on voit ou l’on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !

Alphonse de Lamartine Le Lac Méditations poétiques, Chez l’auteur, 1860, Œuvres complètes de Lamartine, tome I (p. 157-159). Lire l’édition source sur Wikisource

Absence · Amour

L’Isolement

Alphonse de Lamartine

« Un seul être vous manque… » : une expression profonde et sombre de la solitude après la perte.

Environ 4 min

Lire le texte

Souvent sur la montagne, à l’ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m’assieds ;
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.

Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes ;
Il serpente et s’enfonce en un lointain obscur ;
Là, le lac immobile étend ses eaux dormantes
Où l’étoile du soir se lève dans l’azur.

Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres
Le crépuscule encor jette un dernier rayon ;
Et le char vaporeux de la reine des ombres
Monte et blanchit déjà les bords de l’horizon.

Cependant, s’élançant de la flèche gothique,
Un son religieux se répand dans les airs :
Le voyageur s’arrête, et la cloche rustique
Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.

Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
N’éprouve devant eux ni charme ni transports ;
Je contemple la terre ainsi qu’une âme errante :
Le soleil des vivants n’échauffe plus les morts.

De colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud à l’aquilon, de l’aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l’immense étendue,
Et je dis : Nulle part le bonheur ne m’attend.

Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé !

Quand le tour du soleil ou commence ou s’achève,
D’un œil indifférent je le suis dans son cours ;
En un ciel sombre ou pur qu’il se couche ou se lève,
Qu’importe le soleil ? je n’attends rien des jours.

Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière,
Mes yeux verraient partout le vide et les déserts ;
Je ne désire rien de tout ce qu’il éclaire ;
Je ne demande rien à l’immense univers.

Mais peut-être au delà des bornes de sa sphère,
Lieux où le vrai soleil éclaire d’autres cieux,
Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre,
Ce que j’ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux !

Là, je m’enivrerais à la source où j’aspire ;
Là, je retrouverais et l’espoir et l’amour,
Et ce bien idéal que toute âme désire,
Et qui n’a pas de nom au terrestre séjour !

Que ne puis-je, porté sur le char de l’aurore,
Vague objet de mes vœux, m’élancer jusqu’à toi !
Sur la terre d’exil pourquoi resté-je encore ?
Il n’est rien de commun entre la terre et moi.

Quand la feuille des bois tombe dans la prairie,
Le vent du soir s’élève et l’arrache aux vallons ;
Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie :
Emportez-moi comme elle, orageux aquilons !

Alphonse de Lamartine L’Isolement Méditations poétiques, Chez l’auteur, 1860, Œuvres complètes de Lamartine, tome I (p. 71-73). Lire l’édition source sur Wikisource

Nature · Souvenir

Le jardin continue

Création Guillet

Le jardin comme lieu de mémoire, sans imposer de promesse sur l’après.

Environ 1 min

Lire le texte

Nous irons dans le jardin. Au début, peut-être, pour ne rien faire. Regarder les allées, reconnaître ce que tu avais planté, retrouver l’endroit où tu aimais t’arrêter.

Il faudra arroser, attacher une branche, enlever les herbes qui gagnent le passage. Certains jours, ces gestes nous feront du bien. D’autres, ils seront difficiles.

Nous ne saurons pas tout ce que tu savais. Nous apprendrons, et nous demanderons conseil.

Quand une fleur s’ouvrira, nous penserons à toi. Puis nous appellerons quelqu’un pour la lui montrer, comme tu le faisais.

Création Guillet · Un texte proposé pour accompagner la cérémonie.

Nature · Absence

Le Vallon

Alphonse de Lamartine

Le retour dans un vallon d’enfance, entre lassitude, recherche de paix et foi en Dieu.

Environ 5 min

Lire le texte

Mon cœur, lassé de tout, même de l’espérance,
N’ira plus de ses vœux importuner le sort ;
Prêtez-moi seulement, vallon de mon enfance,
Un asile d’un jour pour attendre la mort.

Voici l’étroit sentier de l’obscure vallée :
Du flanc de ces coteaux pendent des bois épais,
Qui, courbant sur mon front leur ombre entremêlée,
Me couvrent tout entier de silence et de paix.

Là, deux ruisseaux cachés sous des ponts de verdure
Tracent en serpentant les contours du vallon ;
Ils mêlent un moment leur onde et leur murmure,
Et non loin de leur source ils se perdent sans nom.

La source de mes jours comme eux s’est écoulée ;
Elle a passé sans bruit, sans nom et sans retour :
Mais leur onde est limpide, et mon âme troublée
N’aura pas réfléchi les clartés d’un beau jour.

La fraîcheur de leurs lits, l’ombre qui les couronne,
M’enchaînent tout le jour sur les bords des ruisseaux ;
Comme un enfant bercé par un chant monotone,
Mon âme s’assoupit au murmure des eaux.

Ah ! c’est là qu’entouré d’un rempart de verdure,
D’un horizon borné qui suffit à mes yeux,
J’aime à fixer mes pas, et, seul dans la nature,
À n’entendre que l’onde, à ne voir que les cieux.

J’ai trop vu, trop senti, trop aimé dans ma vie ;
Je viens chercher vivant le calme du Léthé.
Beaux lieux, soyez pour moi les bords où l’on oublie :
L’oubli seul désormais est ma félicité.

Mon cœur est en repos, mon âme est en silence ;
Le bruit lointain du monde expire en arrivant,
Comme un son éloigné qu’affaiblit la distance,
À l’oreille incertaine apporté par le vent.

D’ici je vois la vie, à travers un nuage,
S’évanouir pour moi dans l’ombre du passé ;
L’amour seul est resté, comme une grande image
Survit seule au réveil dans un songe effacé.

Repose-toi, mon âme, en ce dernier asile,
Ainsi qu’un voyageur qui, le cœur plein d’espoir,
S’assied, avant d’entrer, aux portes de la ville,
Et respire un moment l’air embaumé du soir.

Comme lui, de nos pieds secouons la poussière ;
L’homme par ce chemin ne repasse jamais :
Comme lui, respirons au bout de la carrière
Ce calme avant-coureur de l’éternelle paix.

Tes jours, sombres et courts comme les jours d’automne,
Déclinent comme l’ombre au penchant des coteaux ;
L’amitié te trahit, la pitié t’abandonne,
Et, seule, tu descends le sentier des tombeaux.

Mais la nature est là qui t’invite et qui t’aime ;
Plonge-toi dans son sein qu’elle t’ouvre toujours :
Quand tout change pour toi, la nature est la même,
Et le même soleil se lève sur tes jours.

De lumière et d’ombrage elle t’entoure encore :
Détache ton amour des faux biens que tu perds ;
Adore ici l’écho qu’adorait Pythagore,
Prête avec lui l’oreille aux célestes concerts.

Suis le jour dans le ciel, suis l’ombre sur la terre ;
Dans les plaines de l’air vole avec l’aquilon ;
Avec le doux rayon de l’astre du mystère.
Glisse à travers les bois dans l’ombre du vallon.

Dieu, pour le concevoir, a fait l’intelligence :
Sous la nature enfin découvre son auteur !
Une voix à l’esprit parle dans son silence :
Qui n’a pas entendu cette voix dans son cœur ?

Alphonse de Lamartine Le Vallon Méditations poétiques, Chez l’auteur, 1860, Œuvres complètes de Lamartine, tome I (p. 109-111). Lire l’édition source sur Wikisource

Nature · Absence

L’Automne

Alphonse de Lamartine

La beauté de l’automne accompagne un adieu à la vie, mêlé de regrets et d’attachement au monde.

Environ 3 min

Lire le texte

Salut, bois couronnés d’un reste de verdure !
Feuillages jaunissants sur les gazons épars !
Salut, derniers beaux jours ! le deuil de la nature
Convient à la douleur, et plaît à mes regards.

Je suis d’un pas rêveur le sentier solitaire ;
J’aime à revoir encor, pour la dernière fois,
Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière
Perce à peine à mes pieds l’obscurité des bois.

Oui, dans ces jours d’automne où la nature expire,
À ses regards voilés je trouve plus d’attraits ;
C’est l’adieu d’un ami, c’est le dernier sourire
Des lèvres que la mort va fermer pour jamais.

Ainsi, près de quitter l’horizon de la vie,
Pleurant de mes longs jours l’espoir évanoui,
Je me retourne encore, et d’un regard d’envie
Je contemple ces biens dont je n’ai pas joui.

Terre, soleil, vallons, belle et douce nature,
Je vous dois une larme aux bords de mon tombeau !
L’air est si parfumé ! la lumière est si pure !
Aux regards d’un mourant le soleil est si beau !

Je voudrais maintenant vider jusqu’à la lie
Ce calice mêlé de nectar et de fiel :
Au fond de cette coupe où je buvais la vie,
Peut-être restait-il une goutte de miel !

Peut-être l’avenir me gardait-il encore
Un retour de bonheur dont l’espoir est perdu !
Peut-être, dans la foule, une âme que j’ignore
Aurait compris mon âme, et m’aurait répondu !…

La fleur tombe en livrant ses parfums au zéphire ;
À la vie, au soleil, ce sont là ses adieux :
Moi, je meurs ; et mon âme, au moment qu’elle expire,
S’exhale comme un son triste et mélodieux.

Alphonse de Lamartine L’Automne Méditations poétiques, Chez l’auteur, 1860, Œuvres complètes de Lamartine, tome I (p. 275-276). Lire l’édition source sur Wikisource

Souvenir · Famille

La maison garde nos voix

Création Guillet

Les lieux familiers et les souvenirs d’une maison habitée ensemble.

Environ 1 min

Lire le texte

Il suffit de pousser la porte pour que les souvenirs arrivent. Ici, une conversation. Là, un éclat de rire. Près de la fenêtre, la lumière d’un après-midi dont nous avions oublié la douceur.

La maison est silencieuse aujourd’hui. Nous ne cherchons pas à remplir tout de suite ce silence.

Nous prenons le temps de regarder, de nous rappeler, de dire : « Tu te souviens ? » Chacun retrouve autre chose. Nos histoires se répondent.

Un jour, les pièces changeront peut-être. Ce que nous y avons vécu avec toi trouvera d’autres lieux pour être raconté.

Création Guillet · Un texte proposé pour accompagner la cérémonie.

Souvenir · Amour

Les Roses de Saadi

Marceline Desbordes-Valmore

Des roses emportées par la mer, dont le parfum demeure : une image brève et sensible du souvenir.

Moins d’une minute

Lire le texte

J’ai voulu, ce matin, te rapporter des roses ;
Mais j’en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les nœuds trop serrés n’ont pu les contenir.

Les nœuds ont éclaté. Les roses envolées
Dans le vent, à la mer s’en sont toutes allées.
Elles ont suivi l’eau pour ne plus revenir.

La vague en a paru rouge et comme enflammée :
Ce soir ma robe encore en est toute embaumée…
Respires-en sur moi l’odorant souvenir.

Marceline Desbordes-Valmore Les roses de Saadi Poésies inédites, Texte établi par Gustave Revilliod, Jules Fick, 1860 (p. 15). Lire l’édition source sur Wikisource

Absence · Amour

La Voix d’un ami

Marceline Desbordes-Valmore

Le désir d’entendre une voix aimée, avec des images d’espérance et de ciel.

Environ 2 min

Lire le texte

Si tu n’as pas perdu cette voix grave et tendre
Qui promenait ton âme au chemin des éclairs
Ou s’écoulait limpide avec les ruisseaux clairs,
Éveille un peu ta voix que je voudrais entendre.

Elle manque à ma peine, elle aiderait mes jours.
Dans leurs cent mille voix je ne l’ai pas trouvée.
Pareille à l’espérance en d’autres temps rêvée,
Ta voix ouvre une vie où l’on vivra toujours !

Souffle vers ma maison cette flamme sonore
Qui seule a su répondre aux larmes de mes yeux.
Inutile à la terre, approche-moi des cieux.
Si l’haleine est en toi, que je l’entende encore !

Elle manque à ma peine ; elle aiderait mes jours.
Dans leurs cent mille voix je ne l’ai pas trouvée.
Pareille à l’espérance en d’autres temps rêvée,
Ta voix ouvre une vie où l’on vivra toujours !

Marceline Desbordes-Valmore La voix d’un ami Poésies inédites, Texte établi par Gustave Revilliod, Jules Fick, 1860 (p. 24). Lire l’édition source sur Wikisource

Souvenir · Vie

Une expression de toi

Création Guillet

Une lecture qui laisse entrer le sourire et l’humour dans l’hommage.

Environ 1 min

Lire le texte

Tu avais tes expressions. Certaines nous faisaient rire, d’autres lever les yeux au ciel. Nous savions parfois ce que tu allais dire avant même que tu ouvres la bouche.

Et voilà qu’aujourd’hui nous les reprenons. Ta phrase arrive dans une conversation, avec ton accent, ton air sérieux ou ton sourire en coin.

Pendant un instant, nous nous regardons. Nous t’avons reconnu.

Nous avons le droit de sourire en pensant à toi. La peine n’efface pas les moments drôles. Ils font partie de notre histoire, et nous voulons leur garder une place.

Création Guillet · Un texte proposé pour accompagner la cérémonie.

Foi & spiritualité · Espérance

La Couronne effeuillée

Marceline Desbordes-Valmore

Une prière de confiance : le « père » de ce poème désigne Dieu, refuge de l’âme éprouvée.

Environ 2 min

Lire le texte

J’irai, j’irai porter ma couronne effeuillée
Au jardin de mon père où revit toute fleur ;
J’y répandrai longtemps mon âme agenouillée :
Mon père a des secrets pour vaincre la douleur.

J’irai, j’irai lui dire, au moins avec mes larmes :
« Regardez, j’ai souffert… » il me regardera,
Et sous mes jours changés, sous mes pâleurs sans charmes,
Parce qu’il est mon père il me reconnaîtra.

Il dira : « C’est donc vous, chère âme désolée !
La terre manque-t-elle à vos pas égarés ?
Chère âme, je suis Dieu : ne soyez plus troublée ;
Voici votre maison, voici mon cœur, entrez ! »

Ô clémence ! ô douceur ! ô saint refuge ! ô Père !
Votre enfant qui pleurait vous l’avez entendu !
Je vous obtiens déjà puisque je vous espère
Et que vous possédez tout ce que j’ai perdu.

Vous ne rejetez pas la fleur qui n’est plus belle,
Ce crime de la terre au ciel est pardonné.
Vous ne maudirez pas votre enfant infidèle,
Non, d’avoir rien vendu, mais d’avoir tout donné.

Marceline Desbordes-Valmore La couronne effeuillée Poésies inédites, Texte établi par Gustave Revilliod, Jules Fick, 1860 (p. 145-146). Lire l’édition source sur Wikisource

Espérance · Vie

L’Espérance

Marceline Desbordes-Valmore

L’espérance prend la parole et frappe à la porte. Une lecture courte tournée vers les jours à venir.

Moins d’une minute

Lire le texte

Ouvrez ! ouvrez ! Je suis bonne nouvelle !
Je viens de loin et mes pieds sont poudreux.
Vous m’attendiez : j’accours dès qu’on m’appelle ;
Ouvrez ! J’arrive avec des biens nombreux.

Prenez ceci, puis ceci, puis encore :
Voilà de quoi remplir bien des beaux jours.
Adieu ! J’entends une voix qui m’implore ;
Gardez mon nom, je reviendrai toujours.

Marceline Desbordes-Valmore L’espérance Poésies inédites, Texte établi par Gustave Revilliod, Jules Fick, 1860 (p. 260). Lire l’édition source sur Wikisource

Famille · Amour

Pour une maman

Création Guillet

Un hommage d’enfant à sa mère, autour de la présence et de la reconnaissance.

Environ 1 min

Lire le texte

Maman, quand je pense à toi, ce sont d’abord des instants qui reviennent. Une parole échangée, une inquiétude confiée, le soulagement de pouvoir t’appeler.

Notre histoire ne tient pas dans les quelques mots que je prononce aujourd’hui. Il y a ce que nous avons su nous dire, ce que nous avons compris plus tard, et ce qui restera inachevé.

Je voudrais te remercier pour la place que tu as faite à ma vie dans la tienne.

Il me faudra apprendre à vivre sans ta présence. Je continuerai à parler de toi, avec mes souvenirs, avec ma voix d’aujourd’hui, et avec l’enfant que je reste quand je dis : maman.

Création Guillet · Un texte proposé pour accompagner la cérémonie.

Absence · Souvenir

Chanson d’automne

Paul Verlaine

Quelques vers musicaux pour dire la mélancolie et les souvenirs qui reviennent.

Moins d’une minute

Lire le texte

Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure ;

Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

Paul Verlaine Chanson d’automne Poèmes saturniens, Lemerre, 1866 (p. 57-58). Lire l’édition source sur Wikisource

Souvenir · Nature

Après trois ans

Paul Verlaine

Retrouver un jardin familier, ses fleurs et ses objets, après plusieurs années d’absence.

Environ 1 min

Lire le texte

Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu’éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant chaque fleur d’une humide étincelle.

Rien n’a changé. J’ai tout revu : l’humble tonnelle
De vigne folle avec les chaises de rotin…
Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin
Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.

Les roses comme avant palpitent ; comme avant,
Les grands lys orgueilleux se balancent au vent.
Chaque alouette qui va et vient m’est connue.

Même j’ai retrouvé debout la Velléda
Dont le plâtre s’écaille au bout de l’avenue,
— Grêle, parmi l’odeur fade du réséda.

Paul Verlaine Après trois ans Poèmes saturniens, Lemerre, 1866 (p. 17-18). Lire l’édition source sur Wikisource

Famille · Amour

Pour un papa

Création Guillet

Dire merci à son père sans chercher à résumer toute une vie.

Environ 1 min

Lire le texte

Papa, j’ai cherché les mots qu’il fallait pour parler de toi. Et ce sont des scènes très simples qui me sont revenues : un trajet, une discussion, quelque chose que nous faisions ensemble.

Je me souviens de ta voix. De ce que tu m’as appris volontairement, et de ce que j’ai appris seulement en te regardant vivre.

Nous n’avons pas toujours eu les mêmes idées. Nous avons eu notre façon d’être proches, nos pudeurs, nos rencontres.

Aujourd’hui, devant ceux qui t’ont connu, je veux te dire merci. Je garderai la liberté de te raconter tel que tu étais, avec affection, sans avoir besoin de te rendre parfait.

Création Guillet · Un texte proposé pour accompagner la cérémonie.

Absence · Souvenir

Recueillement

Charles Baudelaire

Un dialogue avec la douleur à l’heure du soir, pour un moment de recueillement littéraire.

Environ 1 min

Lire le texte

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma Douleur, donne-moi la main ; viens par ici,

Loin d’eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;

Le Soleil moribond s’endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l’Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.

Charles Baudelaire Spleen et idéal Les Fleurs du mal (1868), Michel Lévy Frères, 1868, Œuvres complètes, vol. I (p. 239). Lire l’édition source sur Wikisource

Amour · Vie

L’Invitation au voyage

Charles Baudelaire

Le rêve d’un ailleurs à partager avec l’être aimé, fait de beauté, de calme et de sensualité.

Environ 2 min

Lire le texte

Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde ;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.
— Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Charles Baudelaire Spleen et idéal Les Fleurs du mal (1868), Michel Lévy Frères, 1868, Œuvres complètes, vol. I (p. 166-167). Lire l’édition source sur Wikisource

Famille · Amour

À notre grand-mère

Création Guillet

La mémoire d’une grand-mère et les liens entre les générations.

Environ 1 min

Lire le texte

Nous ne gardons pas tous les mêmes souvenirs de toi. Les plus grands connaissent des histoires que les plus jeunes n’ont pas entendues. Certains se rappellent une promenade, d’autres un repas, une visite, une confidence.

Aujourd’hui, ces souvenirs se rejoignent. Ils nous montrent toutes les places que tu as tenues dans nos vies.

Nous aimerions encore te poser des questions, savoir comment c’était avant, t’entendre raconter une fois de plus.

Alors nous nous raconterons les uns aux autres ce que nous savons. Ton prénom trouvera sa place dans les conversations de ceux qui grandiront après nous.

Création Guillet · Un texte proposé pour accompagner la cérémonie.

Souvenir · Famille

Je n’ai pas oublié, voisine de la ville

Charles Baudelaire

Le souvenir d’une maison et de repas silencieux dans la lumière du soir.

Moins d’une minute

Lire le texte

Je n’ai pas oublié, voisine de la ville,
Notre blanche maison, petite mais tranquille ;
Sa Pomone de plâtre et sa vieille Vénus
Dans un bosquet chétif cachant leurs membres nus,
Et le soleil, le soir, ruisselant et superbe,
Qui, derrière la vitre où se brisait sa gerbe,
Semblait, grand œil ouvert dans le ciel curieux,
Contempler nos dîners longs et silencieux,
Répandant largement ses beaux reflets de cierge
Sur la nappe frugale et les rideaux de serge.

Charles Baudelaire Tableaux parisiens Les Fleurs du mal (1868), Michel Lévy Frères, 1868, Œuvres complètes, vol. I (p. 282). Lire l’édition source sur Wikisource

Absence · Souvenir

L’Adieu

Guillaume Apollinaire

Cinq vers et un brin de bruyère pour évoquer la séparation et la fidélité.

Moins d’une minute

Lire le texte

J’ai cueilli ce brin de bruyère
L’automne est morte souviens-t’en
Nous ne nous verrons plus sur terre
Odeur du temps brin de bruyère
Et souviens-toi que je t’attends

Guillaume Apollinaire L’ADIEU Alcools, NRF, troisième édition, 1920 (p. 70). Lire l’édition source sur Wikisource

Famille · Souvenir

À notre grand-père

Création Guillet

Pour évoquer un grand-père et les moments passés à ses côtés.

Environ 1 min

Lire le texte

Avec toi, nous découvrions un autre temps. Celui des histoires d’avant notre naissance, des objets qu’on gardait, des lieux que tu avais vus changer.

Mais tu appartenais aussi à notre présent. Tu nous regardais grandir. Nous venions te raconter nos nouvelles, parfois trop vite, sans imaginer que ces rencontres deviendraient si précieuses.

Nous garderons des détails : une façon de nous appeler, un regard, un moment passé côte à côte.

Merci, grand-père, pour ce bout de chemin avec nous. Nous allons continuer à grandir. Dans ce que nous saurons transmettre, il y aura aussi quelque chose appris près de toi.

Création Guillet · Un texte proposé pour accompagner la cérémonie.

Amour · Souvenir

Le Pont Mirabeau

Guillaume Apollinaire

Le cours de la Seine accompagne le souvenir d’un amour et le passage des jours.

Environ 2 min

Lire le texte

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l’onde si lasse

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

L’amour s’en va comme cette eau courante
L’amour s’en va
Comme la vie est lente
Et comme l’Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Guillaume Apollinaire LE PONT MIRABEAU Alcools, NRF, troisième édition, 1920 (p. 16-17). Lire l’édition source sur Wikisource

Nature · Vie

Automne malade

Guillaume Apollinaire

Un paysage d’automne, ses fruits, ses bruits et ses feuilles : la vie qui s’écoule.

Environ 1 min

Lire le texte

Automne malade et adoré
Tu mourras quand l’ouragan soufflera dans les roseraies
Quand il aura neigé
Dans les vergers

Pauvre automne
Meurs en blancheur et en richesse
De neige et de fruits mûrs
Au fond du ciel
Des éperviers planent
Sur les nixes nicettes aux cheveux verts et naines
Qui n’ont jamais aimé

Aux lisières lointaines
Les cerfs ont bramé

Et que j’aime ô saison que j’aime tes rumeurs
Les fruits tombant sans qu’on les cueille
Le vent et la forêt qui pleurent
Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille
Les feuilles
Qu’on foule
Un train
Qui roule
La vie
S’écoule

Guillaume Apollinaire AUTOMNE MALADE Alcools, NRF, troisième édition, 1920 (p. 156-157). Lire l’édition source sur Wikisource

Amour · Absence

Les jours à deux

Création Guillet

Une parole adressée à son conjoint ou à sa conjointe.

Environ 1 min

Lire le texte

Nous avions une vie à deux. De grands moments, bien sûr, mais surtout ces journées dont nous ne faisions pas le compte.

Les courses à prévoir, les nouvelles du soir, un regard échangé quand les mots étaient inutiles. Nous connaissions nos façons de faire, nos silences, ce qui pouvait nous faire rire.

Aujourd’hui, je mesure combien de fois je me tournais vers toi dans une seule journée.

Je ne sais pas encore comment seront les jours qui viennent. Je sais que nous avons vécu ceux-là ensemble. Et je veux te remercier pour cette histoire qui restera la nôtre, jusque dans ses détails les plus ordinaires.

Création Guillet · Un texte proposé pour accompagner la cérémonie.

Nature · Vie

La Vie profonde

Anna de Noailles

Une célébration du lien entre l’être humain et la nature, dans la joie comme dans la douleur.

Environ 2 min

Lire le texte

Être dans la nature ainsi qu’un arbre humain,
Étendre ses désirs comme un profond feuillage,
Et sentir, par la nuit paisible et par l’orage,
La sève universelle affluer dans ses mains.

Vivre, avoir les rayons du soleil sur la face,
Boire le sel ardent des embruns et des pleurs
Et goûter chaudement la joie et la douleur
Qui font une buée humaine dans l’espace.

Sentir, dans son cœur vif, l’air, le feu et le sang
Tourbillonner ainsi que le vent sur la terre :
— S’élever au réel et pencher au mystère,
Être le jour qui monte et l’ombre qui descend.

Comme du pourpre soir aux couleurs de cerise,
Laisser du cœur vermeil couler la flamme et l’eau,
Et comme l’aube claire appuyée au coteau
Avoir l’âme qui rêve, au bord du monde assise…

Anna de Noailles La Vie profonde Le Cœur innombrable, Calmann Lévy, 1901 (p. 73-74). Lire l’édition source sur Wikisource

Souvenir · Vie

L’Empreinte

Anna de Noailles

Dire avec force la trace singulière qu’une personne laisse dans le monde.

Environ 2 min

Lire le texte

Je m’appuierai si bien et si fort à la vie,
D’une si rude étreinte et d’un tel serrement
Qu’avant que la douceur du jour me soit ravie
Elle s’échauffera de mon enlacement.

La mer, abondamment sur le monde étalée,
Gardera dans la route errante de son eau
Le goût de ma douleur qui est âcre et salée
Et sur les jours mouvants roule comme un bateau.

Je laisserai de moi dans le pli des collines
La chaleur de mes yeux qui les ont vu fleurir,
Et la cigale assise aux branches de l’épine
Fera crier le cri strident de mon désir.

Dans les champs printaniers la verdure nouvelle
Et le gazon touffu sur les bords des fossés
Sentiront palpiter et fuir comme des ailes
Les ombres de mes mains qui les ont tant pressés.

La nature qui fut ma joie et mon domaine
Respirera dans l’air ma persistante ardeur.
Et sur l’abattement de la tristesse humaine
Je laisserai la forme unique de mon cœur.

Anna de Noailles L’Empreinte Le Cœur innombrable, Calmann Lévy, 1901 (p. 29-30). Lire l’édition source sur Wikisource

Amour · Souvenir

Mon ami, tout simplement

Création Guillet

Pour rendre hommage à un ami ou à une amie, avec simplicité.

Environ 1 min

Lire le texte

Nous n’avions pas besoin d’une occasion pour nous retrouver. Une nouvelle à raconter, un café, un trajet pouvaient suffire.

Avec toi, je pouvais parler de choses importantes puis, l’instant d’après, rire pour presque rien. Tu connaissais des morceaux de ma vie que peu de gens connaissent.

Il y aura des nouvelles que j’aurai envie de t’annoncer. Des endroits où je penserai : « Ça lui aurait plu. » Des histoires que je continuerai de raconter en disant : « Un jour, avec mon ami… »

Merci d’avoir été là. Notre amitié a compté. Elle comptera encore dans la personne que je serai.

Création Guillet · Un texte proposé pour accompagner la cérémonie.

Nature · Souvenir

Le Jardin et la Maison

Anna de Noailles

Le calme d’une maison et d’un jardin au crépuscule, pour une lecture douce et contemplative.

Environ 1 min

Lire le texte

Voici l’heure où le pré, les arbres et les fleurs
Dans l’air dolent et doux soupirent leurs odeurs.

Les baies du lierre obscur où l’ombre se recueille
Sentant venir le soir se couchent dans leurs feuilles,

Le jet d’eau du jardin, qui monte et redescend,
Fait dans le bassin clair son bruit rafraîchissant ;

La paisible maison respire au jour qui baisse,
Les petits orangers fleurissant dans leurs caisses

Le feuillage qui boit les vapeurs de l’étang
Lassé des feux du jour s’apaise et se détend,

— Peu à peu la maison entr’ouvre ses fenêtres
Où tout le soir vivant et parfumé pénètre

Et comme elle, penché sur l’horizon, mon cœur
S’emplit d’ombre, de paix, de rêve et de fraîcheur…

Anna de Noailles Le Jardin et la Maison Le Cœur innombrable, Calmann Lévy, 1901 (p. 23-24). Lire l’édition source sur Wikisource

Vie · Amour

Le Temps de vivre

Anna de Noailles

Goûter la vie et les liens tant qu’ils sont là : un poème sur le temps et notre passage.

Environ 2 min

Lire le texte

Déjà la vie ardente incline vers le soir,
Respire ta jeunesse,
Le temps est court qui va de la vigne au pressoir,
De l’aube au jour qui baisse,

Garde ton âme ouverte aux parfums d’alentour,
Aux mouvements de l’onde,
Aime l’effort, l’espoir, l’orgueil, aime l’amour,
C’est la chose profonde ;

Combien s’en sont allés de tous les cœurs vivants
Au séjour solitaire
Sans avoir bu le miel ni respiré le vent
Des matins de la terre,

Combien s’en sont allés qui ce soir sont pareils
Aux racines des ronces,
Et qui n’ont pas goûté la vie où le soleil
Se déploie et s’enfonce.

Ils n’ont pas répandu les essences et l’or
Dont leurs mains étaient pleines,
Les voici maintenant dans cette ombre où l’on dort
Sans rêve et sans haleine ;

— Toi, vis, sois innombrable à force de désirs
De frissons et d’extase,
Penche sur les chemins où l’homme doit servir
Ton âme comme un vase,

Mêlé aux jeux des jours, presse contre ton sein
La vie âpre et farouche ;
Que la joie et l’amour chantent comme un essaim
D’abeilles sur ta bouche.

Et puis regarde fuir, sans regret ni tourment
Les rives infidèles,
Ayant donné ton cœur et ton consentement
À la nuit éternelle…

Anna de Noailles Le Temps de vivre Le Cœur innombrable, Calmann Lévy, 1901 (p. 185-187). Lire l’édition source sur Wikisource

Famille · Souvenir

Grandir à tes côtés

Création Guillet

Pour un frère ou une sœur, à partir d’une enfance partagée.

Environ 1 min

Lire le texte

Tu connaissais le décor de mes premiers souvenirs. Il suffisait parfois d’un nom, d’une chanson, pour que nous retournions ensemble dans notre enfance.

Nous avons grandi, pris des chemins différents, appris à nous retrouver autrement. Mais avec toi, je n’avais pas besoin de tout expliquer depuis le début.

Aujourd’hui, je perds aussi quelqu’un qui se souvenait avec moi.

Je garderai nos histoires, celles où nous étions complices et celles où nous nous disputions pour peu de chose. Je les raconterai sans effacer nos différences. Elles faisaient partie de nous, de cette place unique que nous avions dans la vie l’un de l’autre.

Création Guillet · Un texte proposé pour accompagner la cérémonie.

Vie · Nature

Il fera longtemps clair ce soir

Anna de Noailles

La lumière d’un soir de printemps et la conscience que chaque moment est unique.

Environ 2 min

Lire le texte

Il fera longtemps clair ce soir, les jours allongent.
La rumeur du jour vif se disperse et s’enfuit,
Et les arbres surpris de ne pas voir la nuit
Demeurent éveillés dans le soir blanc, et songent…

Les marronniers, sur l’air plein d’or et de lourdeur,
Répandent leurs parfums et semblent les étendre ;
On n’ose pas marcher ni remuer l’air tendre
De peur de déranger le sommeil des odeurs.

De lointains roulements arrivent de la ville…
La poussière qu’un peu de brise soulevait,
Quittant l’arbre mouvant et las qu’elle revêt,
Redescend doucement sur les chemins tranquilles ;

Nous avons tous les jours l’habitude de voir
Cette route si simple et si souvent suivie,
Et pourtant quelque chose est changé dans la vie ;
Nous n’aurons plus jamais notre âme de ce soir…

Anna de Noailles Il fera longtemps clair ce soir Le Cœur innombrable, Calmann Lévy, 1901 (p. 65-66). Lire l’édition source sur Wikisource

Absence · Amour

Le Vase brisé

Sully Prudhomme

Le vase fêlé devient l’image d’un cœur blessé : une lecture sur la fragilité, à recevoir avec délicatesse.

Environ 2 min

Lire le texte

Le vase où meurt cette verveine
D’un coup d’éventail fut fêlé ;
Le coup dut effleurer à peine :
Aucun bruit ne l’a révélé.

Mais la légère meurtrissure,
Mordant le cristal chaque jour,
D’une marche invisible et sûre
En a fait lentement le tour.

Son eau fraîche a fui goutte à goutte,
Le suc des fleurs s’est épuisé ;
Personne encore ne s’en doute ;
N’y touchez pas, il est brisé.

Souvent aussi la main qu’on aime,
Effleurant le cœur, le meurtrit ;
Puis le cœur se fend de lui-même,
La fleur de son amour périt ;

Toujours intact aux yeux du monde,
Il sent croître et pleurer tout bas
Sa blessure fine et profonde ;
Il est brisé, n’y touchez pas.

Sully Prudhomme Le Vase brisé Œuvres de Sully Prudhomme, Alphonse Lemerre, Poésies 1865-1866 (p. 11-12). Lire l’édition source sur Wikisource

Vie · Souvenir

Ceux qui travaillaient avec toi

Création Guillet

Pour un hommage de collègues, centré sur le quotidien partagé.

Environ 1 min

Lire le texte

Nous avons passé avec toi beaucoup d’heures ordinaires. Des débuts de journée, des pauses, des moments où il fallait se dépêcher et d’autres où nous pouvions enfin parler.

À force de travailler ensemble, on apprend une voix, une manière de faire, un humour. On connaît parfois mal la vie de l’autre, mais sa présence devient familière.

La tienne va nous manquer.

Aujourd’hui, nous voulons dire à tes proches que tu avais aussi une place parmi nous. Nous garderons le souvenir de ce que nous avons accompli ensemble, et de la personne qui partageait nos journées.

Création Guillet · Un texte proposé pour accompagner la cérémonie.

Espérance · Absence

Les Yeux

Sully Prudhomme

Une espérance de lumière au-delà de la mort, exprimée à travers le souvenir des regards aimés.

Environ 2 min

Lire le texte

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Des yeux sans nombre ont vu l’aurore ;
Ils dorment au fond des tombeaux,
Et le soleil se lève encore.

Les nuits, plus douces que les jours,
Ont enchanté des yeux sans nombre ;
Les étoiles brillent toujours,
Et les yeux se sont remplis d’ombre.

Oh ! qu’ils aient perdu le regard,
Non, non, cela n’est pas possible !
Ils se sont tournés quelque part
Vers ce qu’on nomme l’invisible ;

Et comme les astres penchants
Nous quittent, mais au ciel demeurent,
Les prunelles ont leurs couchants,
Mais il n’est pas vrai qu’elles meurent.

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Ouverts à quelque immense aurore,
De l’autre côté des tombeaux
Les yeux qu’on ferme voient encore.

Sully Prudhomme Les Yeux Œuvres de Sully Prudhomme, Alphonse Lemerre, Poésies 1865-1866 (p. 40-41). Lire l’édition source sur Wikisource

Souvenir · Famille

La Mémoire

Sully Prudhomme

Une méditation sur la mémoire, l’enfance et les visages retrouvés. Le poème garde ouverte la question de l’après.

Environ 4 min

Lire le texte

Ô Mémoire, qui joins à l’heure
La chaîne des temps révolus,
Je t’admire, étrange demeure
Des formes qui n’existent plus !

En vain tombèrent les grands hommes
Aux fronts pensifs ou belliqueux :
Ils se lèvent quand tu les nommes,
Et nous conversons avec eux ;

Et si tu permets ce colloque
Avec les plus altiers esprits,
Tu permets aussi qu’on évoque
Les cœurs humbles qu’on a chéris.

Le présent n’est qu’un feu de joie
Qui s’écroule à peine amassé,
Mais tu peux faire qu’il flamboie
Des mille fêtes du passé ;

Le présent n’est qu’un cri d’angoisse
Qui s’éteint à peine poussé,
Mais tu peux faire qu’il s’accroisse
De tous les sanglots du passé ;

L’être des morts n’est plus visible,
Mais tu donnes au trépassé
Une vie incompréhensible,
Présent que tu fais d’un passé !

Quelle existence ai-je rendue
A mon père en me souvenant ?
Quelle est donc en moi l’étendue
Où s’agite ce revenant ?

Un sort différent nous sépare :
Comment peux-tu nous réunir,
A travers le mur qui nous barre
Le passé comme l’avenir ?

Qui des deux force la barrière ?
Me rejoint-il, ou vais-je à lui ?
Je ne peux pas vivre en arrière,
Il ne peut revivre aujourd’hui !

Ô souvenir, l’âme renonce,
Effrayée, à te concevoir ;
Mais, jusqu’où ton regard s’enfonce,
Au chaos des ans j’irai voir ;

Parmi les gisantes ruines,
Les bibles au feuillet noirci,
Je m’instruirai des origines,
Des pas que j’ai faits jusqu’ici.

Devant moi la vie inquiète
Marche en levant sa lampe d’or,
Et j’avance en tournant la tête
Le long d’un sombre corridor.

D’où vient cette folle ? où va-t-elle ?
Son tremblant et pâle flambeau
N’éclaire ma route éternelle
Que du berceau vide au tombeau.

Mais j’étais autrefois ! Mon être
Ne peut commencer ni finir.
Ce que j’étais avant de naître,
N’en sais-tu rien, ô souvenir ?

Rassemble bien toutes tes forces
Et demande aux âges confus
Combien j’ai dépouillé d’écorces
Et combien de soleils j’ai vus !

Ah, tu t’obstines à te taire !
Ton œil rêveur, clos à demi,
Ne suit point par delà la terre
Ma racine dans l’infini.

Cherchant en vain mes destinées,
Mon origine qui me fuit,
De la chaîne de mes années
Je sens les deux bouts dans la nuit.

L’histoire, passante oublieuse,
Ne m’a pas appris d’où je sors,
Et la terre silencieuse
N’a jamais dit où vont les morts.

Sully Prudhomme La Mémoire Œuvres de Sully Prudhomme, Alphonse Lemerre, Poésies 1865-1866 (p. 27-31). Lire l’édition source sur Wikisource

Vie · Souvenir

Une vie discrète

Création Guillet

Pour une personne réservée, attentive aux autres et aux gestes simples.

Environ 1 min

Lire le texte

Tu n’aimais pas forcément être au centre des conversations. Il fallait parfois être attentif pour remarquer tout ce que tu faisais.

Un service rendu, une visite, une chose préparée avant qu’on ait besoin de la demander. Tu laissais souvent les gestes parler pour toi.

Aujourd’hui, nous voulons les nommer. Nous voulons dire que nous les avons vus, et qu’ils ont compté.

Une vie ne se mesure pas seulement à ce qui se raconte facilement. La tienne a pris place dans les journées des autres. Nous sommes ici, avec nos souvenirs différents, pour en témoigner.

Création Guillet · Un texte proposé pour accompagner la cérémonie.

Nature · Espérance

Premier sourire du printemps

Théophile Gautier

Le travail discret du mois de mars prépare le printemps. Une lecture vive sur le retour des saisons.

Environ 2 min

Lire le texte

Tandis qu’à leurs œuvres perverses
Les hommes courent haletants,
Mars qui rit, malgré les averses,
Prépare en secret le printemps.

Pour les petites pâquerettes,
Sournoisement, lorsque tout dort,
Il repasse des collerettes
Et cisèle des boutons d’or.

Dans le verger et dans la vigne
Il s’en va, furtif perruquier,
Avec une houppe de cygne,
Poudrer à frimas l’amandier.

La nature au lit se repose ;
Lui, descend au jardin désert
Et lace les boutons de rose
Dans leur corset de velours vert.

Tout en composant des solfèges,
Qu’aux merles il siffle à mi-voix,
Il sème aux prés les perce-neiges
Et les violettes aux bois.

Sur le cresson de la fontaine
Où le cerf boit, l’oreille au guet,
De sa main glacée il égrène
Les grelots d’argent du muguet.

Sous l’herbe, pour que tu la cueilles,
Il met la fraise au teint vermeil,
Et te tresse un chapeau de feuilles
Pour te garantir du soleil.

Puis, lorsque sa besogne est faite
Et que son règne va finir,
Au seuil d’avril tournant la tête,
Il dit : « Printemps, tu peux venir ! »

Théophile Gautier Premier Sourire du Printemps Émaux et Camées, Lemerre, 1890, Poésies, vol. III (p. 29-30). Lire l’édition source sur Wikisource

Nature · Souvenir

Fumée

Théophile Gautier

Une chaumière et sa fumée deviennent l’image d’une âme dont les nouvelles montent vers Dieu.

Moins d’une minute

Lire le texte

Là-bas, sous les arbres s’abrite
Une chaumière au dos bossu ;
Le toit penche, le mur s’effrite,
Le seuil de la porte est moussu.

La fenêtre, un volet la bouche ;
Mais du taudis, comme au temps froid
La tiède haleine d’une bouche,
La respiration se voit :

Un tire-bouchon de fumée,
Tournant son mince filet bleu,
De l’âme en ce bouge enfermée
Porte des nouvelles à Dieu.

Théophile Gautier Fumée Émaux et Camées, Lemerre, 1890, Poésies, vol. III (p. 64). Lire l’édition source sur Wikisource

Absence · Amour

Trop tôt

Création Guillet

Pour une personne partie trop tôt, sans explication ni consolation imposée.

Environ 1 min

Lire le texte

Nous avions encore des projets avec toi. Des dates à retenir, des choses à faire, des conversations remises à plus tard.

Aujourd’hui, nous sommes devant ce qui n’aura pas lieu. Nous n’avons pas de phrase capable de rendre cela acceptable.

Nous pouvons dire que c’est trop tôt. Nous pouvons pleurer, nous taire, chercher une main. Personne n’a besoin de trouver les mots justes à notre place.

Et nous pouvons parler de ta vie. De ce qui te faisait rire, de ce que tu aimais, de la personne que tu étais parmi nous.

Nous voulons que ton souvenir ait toute cette place : celle de ta vie, au-delà du jour où nous t’avons perdu.

Création Guillet · Un texte proposé pour accompagner la cérémonie.

Absence · Grands auteurs

Il pleure dans mon cœur

Paul Verlaine

La pluie accompagne une peine difficile à nommer. Un texte très bref pour laisser place à l’émotion.

Environ 1 min

Lire le texte

Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville,
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur ?

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un cœur qui s’ennuie
Ô le chant de la pluie !

Il pleure sans raison
Dans ce cœur qui s’écœure.
Quoi ! nulle trahison ?
Ce deuil est sans raison.

C’est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi,
Sans amour et sans haine,
Mon cœur a tant de peine !

Paul Verlaine Il pleure dans mon cœur Romances sans Paroles, Léon Vanier, libraire-éditeur, 1891 (p. 6-7). Lire l’édition source sur Wikisource

Vie · Absence

Le ciel est par-dessus le toit

Paul Verlaine

Depuis l’enfermement, le poète regarde le ciel et interroge sa jeunesse. Un texte de regret et d’introspection.

Moins d’une minute

Lire le texte

Le ciel est, par-dessus le toit,
Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit
Berce sa palme.

La cloche dans le ciel qu’on voit
Doucement tinte.
Un oiseau sur l’arbre qu’on voit
Chante sa plainte.

Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là,
Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur-là
Vient de la ville.

— Qu’as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà.
De ta jeunesse ?

Paul Verlaine Le ciel est par-dessus le toit Sagesse, L. Vanier, 1893 (p. 101-102). Lire l’édition source sur Wikisource

Nature · Souvenir

Sur ton chemin

Création Guillet

Pour une personne attachée aux promenades, aux paysages et au plein air.

Environ 1 min

Lire le texte

Nous reprendrons un jour ce chemin. Nous reconnaîtrons le tournant, la haie, l’endroit où tu ralentissais pour regarder au loin.

Tu remarquais des choses que nous n’aurions pas vues : un oiseau, une trace, la couleur d’un champ. À tes côtés, nous apprenions à regarder plus longtemps.

Nous marcherons peut-être en silence. Puis un souvenir viendra, et nous le partagerons.

Le paysage changera avec les saisons. Nous aussi. Mais il restera cette façon d’être attentifs au monde, apprise en faisant quelques pas avec toi.

Création Guillet · Un texte proposé pour accompagner la cérémonie.

Nature · Vie

Sensation

Arthur Rimbaud

Une marche dans les sentiers d’été, pour évoquer la liberté et le bonheur d’être au monde.

Moins d’une minute

Lire le texte

Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue !

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien
Par la Nature, — heureux comme avec une femme.

Arthur Rimbaud Sensation Poésies complètes, Texte établi par avec préface de Paul Verlaine et notes de l’éditeur, L. Vanier, 1895 (p. 53). Lire l’édition source sur Wikisource

Souvenir · Famille

Le Buffet

Arthur Rimbaud

Un vieux meuble garde les parfums, les objets et les histoires des générations passées.

Environ 2 min

Lire le texte

C’est un large buffet sculpté ; le chêne sombre,
Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens ;
Le buffet est ouvert, et verse dans son ombre
Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants ;

Tout plein, c’est un fouillis de vieilles vieilleries,
De linges odorants et jaunes, de chiffons
De femmes ou d’enfants, de dentelles flétries,
De fichus de grand’mère où sont peints des griffons ;

— C’est là qu’on trouverait les médaillons, les mèches
De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits.

— Ô buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires,
Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis
Quand s’ouvrent lentement tes grandes portes noires.

Arthur Rimbaud Le buffet Poésies complètes, Texte établi par avec préface de Paul Verlaine et notes de l’éditeur, L. Vanier, 1895 (p. 90). Lire l’édition source sur Wikisource

Souvenir · Amour

Cette lumière entre nous

Création Guillet

Un texte laïque pour accompagner un geste de lumière pendant la cérémonie.

Environ 1 min

Lire le texte

Cette lumière que nous allumons aujourd’hui accompagne un souvenir.

Chacun peut y associer un visage, une parole, un moment vécu avec toi. Il n’est pas nécessaire de raconter ce qui nous vient. Nous pouvons simplement prendre ce temps, ensemble.

La flamme est petite. Elle demande que nous ralentissions, que nous protégions ce geste, que nous soyons attentifs les uns aux autres.

Nous pensons à toi. À ce que nous avons reçu et partagé. À celles et ceux qui vont sentir ton absence.

Gardons maintenant quelques instants de silence, avec cette lumière entre nous.

Création Guillet · Un texte proposé pour accompagner la cérémonie.

Absence · Vie

Tristesse

Alfred de Musset

Une parole dépouillée sur la perte et les larmes, sans consolation facile.

Environ 1 min

Lire le texte

J’ai perdu ma force et ma vie,
Et mes amis, et ma gaieté ;
J’ai perdu jusqu’à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.

Quand j’ai connu la Vérité,
J’ai cru que c’était une amie ;
Quand je l’ai comprise et sentie,
J’en étais déjà dégoûté.

Et pourtant elle est éternelle,
Et ceux qui se sont passés d’elle
Ici-bas ont tout ignoré.

Dieu parle, il faut qu’on lui réponde.
Le seul bien qui me reste au monde
Est d’avoir quelquefois pleuré.

1840.

Alfred de Musset tristesse Poésies nouvelles (1836-1852), Charpentier, 1857 (p. 182). Lire l’édition source sur Wikisource

Amour · Souvenir

Rappelle-toi

Alfred de Musset

Un appel à se souvenir de l’amour, jusque dans le sommeil et au-delà de la séparation.

Environ 2 min

Lire le texte

Rappelle-toi quand l’Aurore craintive
Ouvre au Soleil son palais enchanté ;
Rappelle-toi lorsque la Nuit pensive
Passe en rêvant sous son voile argenté ;
À l’appel du plaisir lorsque ton sein palpite,
Aux doux songes du soir lorsque l’ombre t’invite,
Écoute au fond des bois
Murmurer une voix —
Rappelle-toi.

Rappelle-toi, lorsque les destinées
M’auront de toi pour jamais séparé,
Quand le chagrin, l’exil et les années
Auront flétri ce cœur désespéré ;
Songe à mon triste amour, songe à l’adieu suprême !
L’absence ni le temps ne sont rien quand on aime.
Tant que mon cœur battra,
Toujours il te dira :
Rappelle-toi.

Rappelle-toi, quand sous la froide terre
Mon cœur brisé pour toujours dormira ;
Rappelle-toi, quand la fleur solitaire
Sur mon tombeau doucement s’ouvrira :
Je ne te verrai plus ; mais mon âme immortelle
Reviendra près de toi comme une sœur fidèle.
Écoute, dans la nuit,
Une voix qui gémit —
Rappelle-toi.

1842.

Alfred de Musset rappelle-toi (vergiss mein nicht Poésies nouvelles (1836-1852), Charpentier, 1857 (p. 207-208). Lire l’édition source sur Wikisource

Espérance · Souvenir

Nous allons repartir

Création Guillet

Pour terminer une cérémonie avec douceur, sans demander de tourner la page.

Environ 1 min

Lire le texte

Dans quelques instants, nous allons repartir. Chacun retrouvera une maison, un trajet, des gestes à accomplir.

Nous n’emporterons pas tous les mêmes souvenirs de cette cérémonie. Une phrase, une musique, une présence nous accompagneront peut-être plus longtemps.

Aujourd’hui, nous avons pris le temps de penser à toi ensemble. Ce temps a sa place dans notre histoire.

Nous pourrons encore prononcer ton nom, nous appeler pour parler de toi, nous retrouver sans attendre une date particulière.

Pour l’instant, faisons simplement attention les uns aux autres. Quelqu’un aura peut-être besoin de marcher à côté de nous.

Création Guillet · Un texte proposé pour accompagner la cérémonie.

Les durées sont indicatives, pour une lecture à voix haute. Certains poèmes expriment une foi ou une peine intense : choisissez les mots qui correspondent à votre histoire et à vos convictions.

Préparer un hommage

Un texte se choisit aussi ensemble.

Quelques lignes peuvent suffire. Notre équipe vous accompagne pour trouver les mots et leur place dans la cérémonie.

Plan du site

Retrouvez facilement nos contenus

Toutes les informations de notre site : nos agences, nos services, nos conseils et nos engagements.